Les objets liturgiques : entre savoir-faire d’exception et ancrage rural
Orfèvrerie et métaux : un raffinement parfois insoupçonné
Dans les petites sacristies, l’œil curieux repère souvent de superbes ostensoirs, calices, encensoirs et ciboires finement travaillés. Si certaines pièces arrivées par le truchement de mécènes extérieurs portent le sceau de Paris ou d’Angers, beaucoup furent façonnées dans les ateliers ornais, à Flers, Argentan ou La Ferté-Macé.
- Le calice en argent du XVIe siècle de l’église Notre-Dame de Domfront, orné de gravures délicates dont les motifs floraux sont repris dans toute la région, illustre une tradition d’orfèvrerie remarquable (Base Palissy, Inventaire général).
- Les croix processionnelles en laiton repoussé ou fer forgé, caractéristiques du bocage, étaient souvent l’œuvre d’artisans-ferronniers locaux, experts dans l’art du décor végétal stylisé et dans les motifs d’entrelacs.
Il subsiste la mémoire de quelques ateliers ayant transmis, parfois de père en fils, les secrets du dorure sur argent et de la ciselure, tel l’atelier Lecomte dont la production, à Saint-Pierre-des-Loges, rayonna sur plusieurs communes voisines dès le XVIIe siècle (source : Archives départementales de l’Orne).
Menuiserie, sculpture et peinture : les retables ornais
L’Orne est aussi le théâtre d’une floraison d’autels monumentaux et de retables sculptés au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. L’art du bois doré, de la marqueterie et du trompe-l’œil s’épanouit alors en échos aux fastes du Grand Siècle, mais adapté à l’échelle villageoise.
- Le retable de l’église Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Pré-en-Pail-Saint-Samson : œuvre majeure du XVIIe siècle, associant colonnes torses, statuettes de saints locaux et scènes bibliques peintes sur bois, référence au dynamisme ornais au siècle de Louis XIV (source : Histoire de la Normandie religieuse, Edouard Leboucq).
- Dans les églises rurales, des reliquaires sculptés, baldaquins et tabernacles polychromes s’illustrent par leur décor naïf mais inspiré, traduisant un lien fort entre commande paroissiale et artisans du cru.
Certains ateliers ont gardé une réputation vivace, tel celui des Tissier à la Ferté-Macé, connu pour ses autels où le chêne local se transformait en décors exubérants, mais sans excès tapageur. (Archives locales et témoignages oral recueilli par le Pays d’Art et d’Histoire des Hautes Vallées de l’Orne).