Un territoire façonné par la diversité des milieux

Les Courbes de l’Orne, territoire au relief doux mais marqué, oscillent entre paysages ouverts et boisements secrets. Cet équilibre rare entre prairies, bocages, forêts et rivières a permis, à l’abri des remembrements massifs, la sauvegarde d’habitats essentiels à de nombreuses espèces. Selon l’Atlas de la Biodiversité de la Communauté de Communes d’Argentan Intercom (2023), plus de 150 espèces d’oiseaux y nichent régulièrement, sans compter les mammifères, amphibiens et insectes parfois endémiques.

Les parcours emblématiques pour approcher la faune

De Sées à Putanges-Pont-Écrépin, les itinéraires ne manquent pas dans le val d’Orne. Voici une sélection des plus réputés pour l’observation animalière, chacun offrant une lumière différente sur la géographie et la faune du secteur.

1. Le Tour de la Roche d’Oëtre

  • Distance : 7 km
  • Durée moyenne : 2h30
  • Balisage : Jaune, départ au belvédère de la Roche d’Oëtre

Point culminant du territoire, la Roche d’Oëtre (118 m) domine la vallée de l’Orne et ses gorges encaissées. Sur le sentier, la lande sèche favorise une flore exceptionnelle, dont la bruyère cendrée, et attire nombre de papillons, en particulier le Cucullia scrophulariae, rare à l’échelle nationale (source : Conservatoire d’Espaces Naturels de Normandie).

  • Davantage à l’aube ou au crépuscule, il n’est pas rare d’observer chevreuils et renards arpentant les lisières. Le faucon pèlerin, après avoir frôlé l’extinction régionale, niche depuis plusieurs années sur les corniches rocheuses.
  • En bord de rivière, on guette la silhouette basse de la loutre d’Europe (Lutra lutra), revenue naturellement sur le bassin de l’Orne depuis 2018 (données Groupe Mammalogique Normand).
  • Pour les passionnés, le chant des grillons et le vol du pipistrelle au crépuscule valent également l’arrêt.

2. Le Sentier de la Vère et des Prairies Humides (Écouché-les-Vallées)

  • Distance : 11 km
  • Temps estimé : 3h15 pour la boucle complète
  • Départ : Écouché (parking salle polyvalente)

Ce parcours longe la rivière Vère, affluent remarquable pour la richesse de ses prairies inondables. Inscrit en zone Natura 2000, l’espace recèle une diversité de batraciens, notamment la grenouille agile et le triton crêté, comme l’attestent les relevés du CPIE des Collines Normandes.

  • Le matin, l’alouette des champs lance ses trilles au-dessus des herbages. Sur les rives, le héron cendré et la marouette ponctuée (espèce patrimoniale) peuvent être observés, silhouette figée au bord de l’eau.
  • En été, on aperçoit souvent le vol bleu électrique du martin-pêcheur, notamment derrière les bouquets d’osiers vers Vignats.
  • Régulièrement, des chevreuils sortent du bois en fin de journée pour se nourrir dans les prairies fauchées.

3. Le Circuit du Bocage et du Hibou (Athis-Val-de-Rouvre)

  • Distance : 9 km
  • Temps : 2h15 environ
  • Départ : Place d’Athis, balisage hibou jaune

Cœur du bocage traditionnel, ce sentier chemine au rythme des haies vives, vieux pommiers et prairies naturellement riches. À la tombée du jour, les rapaces nocturnes animent le paysage sonore.

  • On y entend distinctement le hululement de la chouette effraie, et avec un peu de chance, on aperçoit le petit-duc scops, migrateur estival signalé depuis 2021 (données LPO Normandie).
  • Les anciennes chênaies accueillent l’écureuil roux, et la noctule commune (chauve-souris protégée) chasse au-dessus des pâturages.
  • Plus rare mais remarquable, le pic noir, plus grand pic d’Europe, creuse des loges audibles à plusieurs centaines de mètres.

4. La Boucle du Marais du Grand Hazé (Briouze)

  • Distance : 6,5 km
  • Départ : Maison du Grand Hazé à Briouze
  • Particularité : Présence d’observatoires ornithologiques, accès PMR possible sur une partie du parcours

Le Grand Hazé est le plus vaste marais du département de l’Orne (200 ha), classé site Natura 2000. Ses zones humides attirent au fil des saisons plus de 180 espèces d’oiseaux (liste LPO 2023). Ici, l’observation se fait souvent depuis des chalets d’affût, pour ne pas déranger la faune sensible.

  • Dès février, on y voit apparaître la spatule blanche ou la très élégante aigrette garzette. Les guifettes moustacs survolent les plans d’eau à la belle saison.
  • En cheminant sur les caillebotis, ouvrez l’œil pour le muscardin, petit rongeur inféodé aux roselières.
  • À la tombée du jour, le brame du cerf s’entend parfois jusque dans la chênaie voisine.

Conseils pratiques pour une rencontre réussie avec la faune

L’observation animalière requiert patience et discrétion. Voici quelques recommandations pour augmenter vos chances de croiser la route de la faune locale sans la perturber :

  • Partir tôt ou en fin de journée : la majorité des animaux sortent à l’aube ou au crépuscule.
  • Rester silencieux : éviter les discussions à voix haute, les bruits parasites, et prendre le temps de s’arrêter régulièrement.
  • Apporter jumelles, carnet et appareil photo (sans flash !).
  • Respecter les sentiers balisés : pour ne pas abîmer les habitats sensibles ni déranger les espèces sensibles à la présence humaine.
  • Pas de nourriture ni de déchets laissés derrière soi, et éviter de toucher ou approcher les jeunes animaux, en particulier en période de reproduction (respect du code de l’environnement).

De nombreux événements locaux – sorties nature, chantiers participatifs, comptages open ornitho – sont organisés toute l’année par le Parc naturel régional Normandie-Maine et les associations locales comme le CPIE des Collines Normandes. Ils sont l’occasion d’apprendre à observer sans déranger, et de rencontrer d’autres curieux de nature.

Focus sur quelques espèces emblématiques des Courbes de l’Orne

Le patrimoine naturel des Courbes de l’Orne ne serait pas le même sans ses habitants les plus remarquables. En voici quelques-uns, observables par tous celles et ceux qui prennent le temps de marcher avec attention.

  • Le faucon pèlerin : Sa réapparition récente sur les falaises de la Roche d’Oëtre témoigne du retour d’une espèce menacée, autrefois éradiquée par les pesticides (source : OFB).
  • La loutre d’Europe : Symbole des zones humides restaurées, sa présence dans l’Orne est confirmée par le relevé de traces et d’épreintes (source : Groupe Mammalogique Normand).
  • Le hibou moyen-duc : Habitué des vieux bocages, il n’est pas rare de le surprendre à l’envol à la tombée du jour.
  • Le triton crêté : Habitant discret des mares temporaires et fossés, il bénéficie de mesures de protection spécifiques dans la vallée de la Vère.
  • La cigogne noire : Observée lors des migrations, elle trouve refuge dans les grandes forêts de la région, à l’écart de l’activité humaine, grâce à la mixité des milieux.

Quand partir et quelles saisons privilégier ?

Chaque saison offre son cortège de rencontres. Si l’automne attire les regards avec le brame des cerfs et la migration des grues, le printemps reste la période la plus riche pour les oiseaux nicheurs, les amphibiens et la floraison des prairies. L’hiver, plus sobre, permet néanmoins de suivre, sur la neige ou la boue, les empreintes de la faune de passage (blaireaux, renards, belettes…).

Selon l’Office Français de la Biodiversité, 38 % des espèces d’oiseaux observées dans l’Orne sont migratrices (source : atlas.biodiversite-normandie.fr, 2023). Les mois d’avril à juin sont donc à privilégier pour l’observation de la faune ailée, tandis que l’été est idéal pour guetter insectes, lézards et mammifères discrets des haies.

Oser ralentir, s’arrêter, voir : l’expérience vivante du territoire

Ce qui fait le caractère unique des Courbes de l’Orne ne se livre jamais d’un seul regard. Observer un martin-pêcheur traverser la surface de l’Orne, croiser un chevreuil effarouché le long d’un talus ou écouter la pluie sur les feuilles du bocage sont autant d’instants précieux que seul le promeneur attentif peut saisir. Les randonnées proposées ici sont autant de prétextes à ralentir, à poser le pas, à écouter ce qui palpite derrière l’évidence du paysage.

Au fil des kilomètres et des saisons, les Courbes de l’Orne offrent à ceux qui savent attendre la magie d’une faune vivante, souvent discrète, mais jamais absente. Il suffit d’oser s’y aventurer.

En savoir plus à ce sujet :